![]() |
PROtestants et FILmophiles |
PROmouvoir les FILms dont la qualité artistique et humaine aide à la connaissance du monde contemporain
ACCUEIL - QUI SOMMES-NOUS ? - ACTIVITES - PUBLICATIONS - GROUPES - CRITIQUES DE FILMS - RADIO - FESTIVALS
Avec :
Lionel Erdogan (Mathieu Mustafa), Charles Berling (Claude Delval), Metehan Aygün (Abdullah Oskan), Lubna Azabal (Faïza Benseddik), Maud Wyler(Clothilde)
Né en Turquie en 1988, Hüseyin Aydin Gürsoy arrive en France à l’âge de trois ans et grandit entre les deux cultures. Parallèlement à des études d’informatique, il se tourne vers le cinéma. Il réalise notamment 8 Mois (2014, Prix Unifrance au festival Tous Courts d’Aix-en-Provence), Une toile d’araignée (2015) et Partir en poussière (2020, mention spéciale à Interfilm Berlin). Une affaire turque, coécrit avec Ludovic du Clary, est son premier long métrage. Le sujet touche de près à l’expérience du réalisateur qui, arrivé très jeune en France, a lui-même francisé son prénom à 21 ans dans l’espoir de faciliter son insertion professionnelle.
Résumé :
Mathieu Mustafa Duman a pris ses distances avec ses origines turques pour réussir. Avocat ambitieux dans un prestigieux cabinet d’affaires, il est sur le point de devenir associé lorsque sa route croise celle d’Abdullah, un jeune Français d’origine turque en difficulté. Celui-ci, victime d’une agression raciste, lui demande son aide. Mathieu se retrouve bientôt entraîné dans une affaire de corruption qui menace sa carrière et tout ce qu’il a patiemment construit.
Analyse :
Sous les dehors d’un thriller politique haletant, Une affaire turque pose des questions autrement plus profondes. Mathieu a réussi son ascension sociale en s’éloignant de sa communauté, jusqu’à changer son prénom de Mustafa par Mathieu. Abdullah, resté au contraire très lié à ses origines, fait brutalement resurgir ce qu’il avait voulu laisser derrière lui.
Lionel Erdogan porte remarquablement ce personnage toujours sous tension, soucieux de conserver le contrôle alors que tout lui échappe. Face à lui, Charles Berling incarne, avec une redoutable douceur, le monde auquel Mathieu cherche à appartenir, tandis que Metehan Aygün donne à Abdullah une présence qui empêche le jeune homme de n’être qu’un prétexte dramatique. Le conflit oppose moins deux individus que deux conceptions de la justice : celle qui exige que les faits soient reconnus et celle qui estime que tout problème peut trouver une solution négociée.
Le film évite pourtant d’opposer simplement le bon immigré fidèle à ses racines au mauvais assimilé. Mathieu est pris entre des fidélités contradictoires : sa famille, son origine, son ambition professionnelle, son patron, mais aussi sa propre conscience. Chaque compromis semble d’abord justifiable ; leur accumulation finit par l’enfermer.
À travers cet engrenage, Hüseyin Aydin Gürsoy aborde l’intégration, le racisme, la corruption et surtout le prix à payer pour l’ascension sociale. Jusqu’où peut-on composer avec ses principes pour conserver la place si difficilement conquise ? Et que vaut la réussite lorsqu’elle oblige à renier une partie de soi ?
Porté par un excellent Lionel Erdogan, surtout connu comme comédien au théâtre et dont c’est ici le premier grand rôle au cinéma, ce premier film, solidement construit, est très bien mené : un thriller efficace qui tient le spectateur en haleine tout en évoquant de vrais problèmes de société, sans jamais les réduire à des réponses simplistes. Un premier film très maîtrisé, tendu de bout en bout, qui réussit à faire penser sans jamais cesser de raconter.
Waltraud Verlaguet
Autres articles sur ce film
|
Siège social, 13 rue du Docteur Louis Perrier, 34000 Montpellier Secrétariat national, 66 rue Simonne Mathieu, Bâtiment F, 34070 Montpellier |