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Avec :
Alba Rohrwacher (Marta), Elio Germano (Antonio), Francesco Carril (Agostino), Silvia D’Amico (Elisa), Galatea Bellugi (Silvia).
Isabel Coixet, née à Barcelone en 1960, est l’une des cinéastes espagnoles les plus singulières de sa génération. Après des études d’histoire et des débuts dans la publicité, elle réalise son premier long métrage en 1989. Son cinéma, très international, explore l’amour, la solitude, le deuil et la maladie. Parmi ses œuvres marquantes figurent Ma vie sans moi (2003), La vie secrète des mots (2005), Nobody’s Watching (2017) et Un amor (2023). Lauréate de dix Goya, elle réalise Trois adieux en 2025.
Résumé :
Couple apparemment uni, Marta et Antonio se séparent. Lui, chef en pleine ascension, se réfugie dans son restaurant. Elle, en plein désarroi, s’enferme dans sa solitude et son silence. S’ajoute à sa détresse la découverte de sa situation médicale : elle est atteinte d’un cancer déjà très avancé, inopérable.
Analyse :
Qu’on ajoute à cette succession calamiteuse de maux que Marta, tout à sa solitude et à sa maladie, n’a plus faim et perd jusqu’au goût de la nourriture, et l’on se dit qu’il n’y a plus qu’à tirer l’échelle : on va être dans le plus noir des tire-larmes. Et bien, pas un instant. Ce film, derrière son synopsis cataclysmique est une extraordinaire invitation à la vie. Effectivement, il y a bien, pour commencer, cette grande scène de ménage/rupture entre Marta et Antonio — magnifique d’ailleurs de justesse, cette scène, on s’y croirait, tellement tout y sonne vrai, tellement tout sert à dessiner Marta : une femme qui dit non à tout ce qu’on lui propose et à qui Alba Rohrwacher donne une présence proprement magique — mais ensuite rien ne se passe dans la déclinaison du programme énoncé. C’est un film qui sort en permanence de la route laborieusement tracée que suivent minutieusement de cliché en cliché tant de films à partir des données initiales et des marqueurs d’étapes de leur script. Ici chaque scène débouche sur de l’inattendu. Prenez Agostino, ce professeur de philo qui aime Marta, il est drôle, il est touchant, elle est libre et on se dit que… Hé bien non, pas du tout ! De même, prenez la jeune Sylvia, attirée, elle, par Antonio : elle aussi va jouer un rôle important dans le film, mais pas celui qu’on attendait. Et prenez Marta elle-même, en compagnie du confident imaginaire qu’Isabelle Coixtet lui a inventé : quoi de plus décalé que cette silhouette en carton grandeur nature d’une jeune idole coréenne de K-pop, Jirko, qu’elle a ramassée derrière une poubelle et à qui elle parle ensuite en le promenant de pièce en pièce dans son appartement ! Et, à la fin, en faisant apparaître Jirko sous une forme différente dans le même temps que Marta disparaît, Isabelle Coixtet nous offre une extraordinaire métonymie où elle témoigne (une fois de plus et avec quelle force !) de son stupéfiant talent pour parler du pire en ne se laissant jamais détruire par lui. Ainsi, dans le mythe, est-il interdit à Persée de fixer Gorgone sous peine d’être pétrifié, et ne peut-il la tuer qu’en se repérant à son image dans le bouclier.
Jean Lods
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