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Festival de Locarno 2026

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Echos du festival de Locarno 2026

LE FESTIVAL

 

Pour préparer cette édition, le comité de sélection du Festival a reçu 7759 productions (20% de plus qu’en 2025), et a retenu 151 longs-métrages, et 81 courts, dont 103 en première mondiale et 8 en internationale. Ces films se retrouvent dans une quinzaine de sections, dont une dizaine ont des jurys. Parmi les plus importantes :

-  La Compétition Internationale, avec 17 films, dans laquelle ont été remis le Prix du Grand Jury (Léopard d’Or) et le Prix du Jury Œcuménique.

-  Les Cinéastes du Présent, avec 15 films.

-  La Piazza Grande, écran géant en plein airavec ses 8000 places, a présenté 16 films qui concourent pour le Prix du Public remis le dernier soir.

 

Ce Festival fait cohabiter pendant 11 jours les publics les plus opposés, voire contradictoires : les amoureux du cinéma grand public qui peuvent acheter des places ; les accrédités Presse ou Industrie, et parmi eux les cinéphiles classiques comme moi qui cherche des films qui m’interpellent, me parlent, me font découvrir des mondes inconnus ; les cinéphiles plus exigeants qui cherchent un nouveau cinéma avec un nouveau langage, où la narration n’est plus prioritaire ; les passionnés du passé qui viennent seulement pour une rétrospective ; les jeunes qui cherchent un cinéma pour demain. Le directeur artistique Giona A. NAZZARO disait en ouverture « Mon rêve est que tous ces publics se mélangent ».

 

 

LE 53eJURY ŒCUMENIQUE

 

-  Viera PIRKER, Francfort (Allemagne), Présidente

-  Jean-Luc GADREAU, Cissé (France)

-  Juha RAJAMÄKI, Helsinki (Finlande)

-  Sarah STUTTE, Elgg (Suisse)

 

Le Jury Œcuménique délibère en toute indépendance et prime un cinéaste dont l’œuvre a une dimension spirituelle.

 

Présence et témoignage œcuméniques

 

-  Célébration œcuménique le dimanche matin dans l’église catholique de la vieille ville.

-  Réception œcuménique en semaine introduite par le directeur artistique, avec présentation des jurys et repas.

 

Cette année un HOMMAGE a été rendu à Moritz de HADELN, directeur du Festival de Locarno de 1972 à 1977, et décédé le 4 Juillet dernier. En 1973, lorsque les organisations catholique (OCIC) et protestante (Interfilm) ont souhaité être présentes à Locarno, chacune avec son jury comme dans d’autres festivals, le directeur a déclaré : « Dans mon Festival, ce sera un Jury Œcuménique ou pas du tout ». Ce qui fut fait, et c’était une première. Cette année nous avons eu une pensée émue et reconnaissante envers Moritz qui a osé ouvrir un chemin que d’autres festivals ont suivi ensuite, et qui nous permet d’accueillir le 53e Jury Œcuménique à Locarno.

 

 

PRIX DU JURY ŒCUMENIQUE

 

NUN DUL DEGA EOMNE (Nullepart où poser mon regard), de Hong SANGSOO (Corée du Sud) - 1h12

Le film suit Sanghee qui rend visite avec son frère à leur mère dans la ville Sud-coréenne de Jeju, pour la première fois depuis 10 ans. La mère y tient un restaurant prospère. Le beau-père de Sanghee tourne un film sur une « tombe d’herbe », et sa fille s’est mise à la peinture. On échange des nouvelles, des conseils superflus, et des compliments faciles…

 

Motivation du Jury :

Par ces questions, le Jury introduit sa motivation :

-  Sur quoi choisissons-nous de nous concentrer dans nos vies ?

-  Préférons-nous voir ce qui est évident ou ce qui est au contraire souvent invisible ?

-  Comment raconter une histoire vraie ?

« Le film nous transporte au cours d’une courte réunion de famille où les attentes et les relations peuvent être reconstruites. Les dialogues se transforment alors en perles précieuses sur des thèmes universels et existentiels, et offrent une réflexion profonde notamment sur ce qui anime la création et l’art.

Le film trouve une profondeur humaine extraordinaire dans ce qui semble ordinaire. Avec beaucoup d’empathie et un humour subtil, il explore l’éloignement et la difficulté de se voir et de s’accepter véritablement les uns les autres. »

 

 

LES FILMS CANADIENS

 

En Compétition Internationale, 2 films Canadiens :

 

1) MANHUNT, de Wayne WAPEEMUKWA – 1h43 : s’inspire d’un fait réel criminel en Colombie britannique en 2019.

On suit l’histoire de 2 jeunes qui fuient une vie sans avenir et partent vers le Nord pour repartir à zéro, mais leur quête va basculer dans la violence : 3 meurtres. C’est une atmosphère oppressante qui entoure la solitude de ces 2 jeunes errants, sans but, avec une obsession pour les jeux vidéo, et un langage fait presque exclusivement de jurons, le mot « putain » revient sans cesse, révélant le vide intérieur de ces jeunes.

Le réalisateur compose avec la violence et la jeunesse, sans chercher l’apaisement. C’est un film sombre et pessimiste, qui présente un monde inquiétant, en particulier pour les jeunes.

C’est sans doute pour cela qu’il a reçu le 3e prix du Jury des jeunes.

 

2) VIOLENCE DU CORPS DE L’AUTRE, de Denis COTÉ – 1h58

Femme solitaire, taciturne, Mira parcourt la route avec son chien Mario et propose à des personnes très malades ou désespérées une assistance au suicide : un produit létal à boire. Un ange de la mort ?

Un jour elle va faire des rencontres qui vont bouleverser sa vie et la remettre en question.

 

17e film de Denis COTÉ qui, lui-même souffrant d’insuffisance rénale grave, et devant la possibilité de dialyse ou de greffe s’est posé la question de l’assistance au suicide depuis son lit de malade.

Au Québec, et ce sont les champions du monde, 8% des décès sont dus à une « aide à mourir ».

Denis COTÉpose beaucoup de questions sur la finitude, la solitude, sans apporter de réponse morale ou psychologique…

Le film est sombre mais pas désespéré, et nous appelle à une réflexion sur la vie, la mort, la liberté.

Ce film a reçu le Prix d’interprétation masculine et le 2eme Prix du Jury des jeunes.

 

 

MES COUPS DE CŒUR

 

NU E LOCUL TAU AICI (Tu n’as pas ta place ici) de Florin SERBAN (Roumanie) – 2h34

Marius, un médecin-chirurgien veuf, vit avec son fils d’environ 15 ans. Il va soudain découvrir les activités de vandalisme de son fils affilié à un groupe d’extrême droite, et lorsque son fils lui avoue avoir commis un meurtre sur un gitan, sa vie bascule.

Marius est rigoureux, il applique la loi, mais jusqu’où peut aller son amour pour son fils ? Il nous interpelle directement, que ferions-nous à sa place ?

Ce film en Compétition Internationale a été le plus primé du Festival en recevant le Léopard d’Or, le Prix des films européens et le 1er Prix du Jury des jeunes.

Je le recommande chaudement pour la force de son scénario, la singularité de sa vision. Avec une maîtrise cinématographique totale, il pose des questions sur la loi, la justice, l’amour, la responsabilité, la filiation, le pardon…

 

FRANCK ET LOUIS de Petra VOLPE (Suisse, UK) – 1h34

Franck est condamné à 17 ans à perpétuité pour meurtre. Après 20 ans, il espère améliorer ses chances de libération conditionnelle en s’occupant d’un détenu plus âgé, Louis, atteint de la maladie d’Alzheimer. C’est un choix égoïste de Franck et Louis réagit parfois avec refus, agressivité… Mais petit à petit les 2 détenus s’apprivoisent, construisent une amitié qui nous touche.

Le film n’est pas un mélodrame mais il émeut et pose des questions :

-  Est-il juste de continuer à punir un homme pour un crime dont il ne souvient pas ? Rédemption… pardon… Franck n’est plus le même, il a mûri, est devenu un homme responsable

-  Mais, serait-il possible de le libérer alors que la fille de l’homme qu’il a tué vit une souffrance permanente qui l’enferme dans une sorte de prison intérieure ?

 

Sans porter de jugement, la réalisatrice suggère que chacun porte sa croix, mais que les véritables valeurs d’une personne se révèlent dans l’adversité.

Un film vrai, authentique, qui pose de vraies questions. J’aiété très surprise et très heureuse que ce film, qui montre une vraie humanité et tendresse dans un lieu déshumanisé, reçoive le Prix du public de la Piazza Grande.

 

MES FILMS PRÉFÉRÉS

 

DOWN THE ARM OF GOD de Peter BRUNNER (France, USA) – 1h46

Un jeune Pasteur s’installe dans sa première paroisse au Texas, et a de très bons contacts avec ses paroissiens. Mais lorsqu’il découvre dans les environs une communauté de pauvres sans-abri, il essaie lors d’un hiver rigoureux de venir en aideà ces marginaux, avec sa paroisse, mais se heurte violemment aux préjugés des « bons chrétiens » envers ces oubliés et maltraités de la société.

Ce film inspiré de faits réels nous émeut et nous interpelle : Que faisons-nous pour les plus pauvres et les plus démunis ? Où commence, où s’arrête l’amour du prochain, la responsabilité humaine, la solidarité, la fraternité ?

 

DEMAIN JE TOMBE AMOUREUX de Martin PROVOST (France) – 1h54

La veille de sa retraite, Émile donne un dernier cours sur l’amour et la littérature, exhortant ses étudiants à devenir poètes de leur propre vie. Rentrant chez lui, il découvre que sa femme l’a quitté. Il doit désormais, au fil des rencontre prévues ou inattendues, vivre selon les principes qu’il a toujours enseignés. Sa vie, pleine de rebondissements, nous fascine et nous interpelle.

Magistralement interprété par Fabrice LUCHINI, ce film est une ode à la poésie, à la mémoire, à la pudeur, à l’amitié, à l’amour.

 

AH ! QUE LE BONHEUR EST PROCHE de François-Christophe MARZAL (Suisse) – 1h10

Jean-Luc, 80 ans, doit incarner Don Quichotte et faire ses adieux à la Scène. Mais face à ses problèmes divers la production engage sans le lui dire une doublure. Lorsqu’il le découvre cela le déstabilise, engendrantnervosité, jalousie, perte de mémoire.

Très bon film joué par Jean-Luc BIDEAU, 85 ans cette année, acteur suisse reconnu qui a reçu un Léopard d’honneur pour toute sa carrière.

 

 

CONCLUSION

Cette année encore, beaucoup de films ésotériques où les réalisateurs s’engagent dans un cinéma :

-  Radical, sans concession, au-delà de toute distinction de forme et de genre

-  Audacieux, sans restriction ni limites

Est-ce le cinéma de demain ? Trouvera-t-il son public ? Peut-être, mais je constate que dans l’ensemble les films primés par les différents jurys sont le plus souvent des films classiques avec un scénario solide et une qualité cinématographique de grande valeur. Je me réjouis de retrouver tous ces films dans des salles de cinéma avec un public enthousiaste.

Rendez-vous l’an prochain de 4 au 14 Août 2027 pour le 80e Festival de Locarno.

Denyse Muller

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