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Il est des films dont l’intérêt dépasse leur réussite cinématographique. La Bataille de Gaulle, le diptyque d’Antonin Baudry, appartient à cette catégorie. En faisant revivre les années où la France, vaincue, pouvait disparaître de l’Histoire, le film rappelle aux générations qui n’ont connu ni la guerre ni l’Occupation que rien, en juin 1940, n’était écrit d’avance. Sans l’obstination de deux hommes hors normes, De Gaulle et Churchill, et leur capacité à transformer une situation désespérée en volonté de résistance, le destin de l’Europe aurait pu être tout autre. Ce qui frappe surtout, c’est la dimension éthique de cette histoire : que choisir lorsque les circonstances rendent chaque décision incertaine, et quand le calcul politique semble commander la résignation ? Que valent le courage et la capacité à dire non lorsque les rapports de force rendent ce ‘non’ presque dérisoire ? En 2026, ces questions résonnent avec une acuité particulière. Le film rappelle que les démocraties ne tiennent pas seulement à leurs institutions, mais aussi aux choix de ceux qui refusent de considérer l’inacceptable comme inévitable. Antonin Baudry donne à cette épopée une dimension proprement cinématographique. Sa direction d’acteurs est remarquable : Simon Abkarian et Simon Russell Beale composent deux personnalités puissantes, complexes, passionnées, dont les décisions semblent moins dictées par le calcul que par une certaine idée de leur pays. Au-delà de la reconstitution que privilégiait Félix Olivier dans son téléfilm L’Appel du 18 Juin et de la confrontation des mémoires de De Gaulle et Churchill dans le documentaire de Pierre Assouline, le cinéma fait ici plus que raconter, il donne des visages, des corps et des voix à des figures devenues légendaires.et possède une puissance singulière: celle de nous faire éprouver le vertige d’un moment où tout pouvait encore basculer.
Jean-Michel Zucker
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